Les augures

Soumis par Hayan Sidaoui le dim 17/09/2017 - 00:00

 

Mot masculin signifiant présage, divination ou auspice.

Ce terme est connu en Occident depuis l’empire romain où augure désignait un prêtre. Les augures romains avaient pour unique tâche de prévoir l’avenir, surtout la météo, en observant le vol des oiseaux.

Augure, contrairement aux idées reçues, n’a pas pour origine la bible et le corbeau de Noé. En réalité, cette pratique divinatoire remonte à l’époque sumérienne. Cette civilisation a vu le jour 3300 ans avant J.-C. dans la partie méridionale de l’actuel Irak.

La ville Ur aujourd’hui disparue, était la capitale et c’est la plus vieille ville connue à ce jour. Ur est un site antique, découvert à la fin du 19ème siècle par l’archéologue anglais Leonard Woolley. Ce site est situé à 200 km du golfe persique, mais il y a 5300 ans c’était un port maritime. Suite à la dernière déglaciation il y a 10000 -12000 ans et le déluge qui a suivi, un large sillon d’eau de 200 km de large s'est formé. La désertification à l’âge de pierre n’en a laissé que deux fleuves, le Tigre et l’Euphrate aujourd’hui séparés par 200 km et a fait reculer lors de l’âge de bronze le golfe persique.

Sumer

Avant de poursuivre, un mot sur Sumer, première civilisation connue de l’histoire de l’humanité. Selon les datations de l’école de Lyon, qui est la plus performante au monde dans ce domaine, elle exista 100 à 300 ans avant la Chine, la vallée de l’Indus et l’Egypte antique.

On l’appelle civilisation car l’homme s’est sédentarisé pour la première fois, passant de l’état de nomade cueilleur-pêcheur-chasseur à celui de citadin, définitivement installé dans un lieu précis. Il existe des constructions en matériaux durs bien plus vieux que les quartiers d’Ur, de 5000 ans avant J.-C., mais qui n’étaient que des silos, où les hommes encore nomades entreposaient leurs vivres.

Les deux lieux les plus anciens connus à ce jour sont Jericho (9000 ans) dans la Palestine occupée et Byblos sur la côte libanaise (l’actuelle Jbeil, 7000 ans). Les cueilleurs-pêcheurs-chasseurs n’avaient pas de chef dans le sens étymologique du terme, mais un collectif gérant les réserves, avec le plus vieux du groupe comme juge conseil.

Cette sédentarisation marque le début de la civilisation, c’est à dire l’établissement d’une société dans un cadre urbain. Le caractère collectif exigeait un pouvoir central, donc une société pour la première fois hiérarchisée : peuple travailleur, fonctionnaires, prêtres, noblesse, pouvoir.

Cette nouvelle structure pyramidale nécessitait donc un pouvoir central fort qui gérait toutes les affaires de la cité telles que récoltes, impôts pour exécuter les travaux d’intérêt public, canaux d’irrigation pour l’agriculture, temples et progressivement lieux de soins publics, écoles, égouts, voiries etc. Très vite le pouvoir centralisé a compris que le concept de "la religion" est l'instrument premier et fondamental pour pérenniser son statut de "je contrôle tout".

Revenons à "augure". Dans la logique de maintenir un pouvoir central fort, ceux qui l'ont accaparé ont œuvré à représenter la religion imposante et impressionnante ; ce qui la rendait plus efficace que n'importe quelle force militaire pour bien mâter le peuple. Par la construction de temples plus imposants que les palais, la création d'une caste censée donner des réponses non discutables et non discutées sur les "secrets" de la nature, des astres, de ce que la science de l'époque n’expliquait pas encore et surtout de donner l’illusion de prévoir les phénomènes naturels, pour asseoir encore mieux le pouvoir et le rendre incontestable.

Cette caste est celle des prêtres, dits gardiens des temples et des secrets des dieux tout puissants, mais en réalité ils n'étaient que les gardiens du pouvoir en place. Les prêtres avaient pour mission principale jour après jour de prévoir la météo du lendemain pour rassurer, ou pas, le peuple sur les récoltes et surtout pour prouver qu'ils étaient bien les gardiens et détenteurs des secrets qui gèrent la mère nature! Ils ont donc mis en place un système de sacrifice d'animaux. Une fois tués puis disséqués, ils jetaient leurs tripes et leurs organes sur une table en pierre. Ensuite, ils dessinaient la disposition des organes ainsi jetés. Par exemple, les boyaux formaient un serpentin avec un rein à gauche et un autre à droite, l'estomac en dessous etc. Un autre jour, l'intestin formait un cercle avec le cœur au milieu, la cervelle éparpillée au-dessus et ainsi de suite.

Ce système de sacrifice "divinatoire" est à l'origine de ce que nous appelons de nos jours la statistique, sacrée invention, qui elle-même nous a amené les sondages.

Suite donc aux observations sur 365 jours de la disposition des tripes du bovin sacrifié, on prédisait un augure. Si l'intestin est en S avec un rein à droite et un autre à gauche avec un beau soleil le lendemain on notait le nombre de fois sur une année où cette disposition précède le beau temps. Par exemple, si ce cas de figure s'avère exact 300 fois dans l'année et faux 65 fois, on l'adopte comme augure pour le beau temps, idem pour la pluie, les tempêtes etc. avec d'autres dispositions bien entendu !

Cette statistique impressionnait le peuple car les prêtres ne se trompaient que rarement et consolidait leur fonction et donc le pouvoir en place. Mais cette supercherie, car c'en est une, n'a pas su trouver l'augure qui annonçait la disparition de la civilisation sumérienne, seulement deux siècles plus tard, suite non pas à une guerre, mais à une bureaucratie à la fois lourde et inexpérimentée.

Par principe de centralisation, elle devait répertorier chaque grain de maïs ou de blé avant de le redistribuer au peuple. Cette lourdeur et donc cette lenteur d’accès à la nourriture, a fini par faire disparaître cette civilisation. Ce fut la première famine collective de l'histoire de l'humanité ! Il y a une morale qui se dégage de cette première expérimentation "civilisatrice" sous sa forme de société pyramidale et que je vous laisse la liberté d'apprécier.

Mais comment terminer cette rubrique sans un parallèle personnel avec notre époque où les "prêtres", donc les gardiens du pouvoir, sont devenus les sondeurs de l'opinion publique et la même logique statistique sumérienne prédomine. Une question s'impose : quel est l'augure qui leur échappe et qui peut-être amènera notre disparition ?

 

Publié sur mon FB le 19 novembre 2016