Les philosophes laïcs du moyen âge arabe

Soumis par Hayan Sidaoui le ven 25/08/2017 - 21:46

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Al-Kindi (IXème siécle) est un philosophe de l'actuel Irak et fut l'un des plus brillants philosophes de l'époque abbasside à Baghdad. Il est l'un des premiers, sinon le premier, philosophe arabe héllenisant qui a exhumé la philosophie grecque alors oubliée, comme Avicenne (pour Platon) et Averroès (pour Aristote) 4 siècles plus tard.

Comme tout les philosophes de l'âge d'or arabe, les philosophes arabes étaient multidisciplinaires et maîtrisaient aussi bien la philosophie que les mathématiques, les sciences naturelles, la médecine, l'astronomie, la physique, la chimie, également la musique et pour certains la cuisine.

Peut-être en préambule, un petit rappel sur les deux pères de la philosophie moderne, Platon le maître et Aristote l'élève. Platon défendait l'idée du surnaturel dans son sens religieux et qu'il enseignait dans son "Académie" , par opposition à Aristote son élève qui une fois émancipé, combattait l'idée du maître en enseignant la laïcité voire l'athéïsme (selon les explications des uns et des autres), et son enseignement avait lieu dans sa propre école qu'il a nommée « Lycée » (d'où la reprise du terme pour l'école publique laïque par la révolution de 1789) .

Al-Kindi, contrairement à Avicenne, résolument Platonicien et Averroès exclusivement aristolicien, était plutôt du côté d'Aristote sans vouloir se couper définitivement de Platon et c'est cette association qui le distinguait des autres.

Il prend à Aristote le côté matérialiste dans le sens existentialiste du terme tel qu'il a été expliqué par Sartre et inscrit l'idée de Dieu dans le temps, autrement dit, il exclut l'idée de l'infini cher aux adeptes du surnaturel ce que Averroès appelait "l'instant zéro" où Dieu a existé, ce qui est une manière subtile de remettre en cause son existence et qui a failli lui coûter le bûcher lors de l'inquisition orientale (car il y en a eu une aussi). Al-Kindi était encore plus subtil, il était un monothéïste convaincu donc naturellement il ne niait pas l'existence de Dieu mais la relativisait dans le sens où tout ne pourrait se rapporter à lui, ce qui est aussi une manière de ne pas rejeter l'existence de l'autre qui ne partagerait pas la même croyance !

Ce débat à plusieurs siècles d'intervalle est toujours d'actualité. N'est-ce pas "la mode" entretenue par les faiseurs "du mal" que de tout rapporter à Dieu au point de rejeter l'autre jusqu'à même vouloir lui imposer sa propre croyance et à défaut l'éliminer ?

(publié sur mon compte FB le 24 septembre 2016)