Votre printemps n’est pas le nôtre

Soumis par Hayan Sidaoui le dim 21/01/2018 - 19:02

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Nous sommes libres, oui libres nous sommes et aussi dignes, fiers et déterminés.C’est tellement rare à notre époque les peuples qui se distinguent par tant de valeurs qu’il est difficile de ne pas faire parler de nous, surtout de la part de ceux qui sont pauvres de toutes ces valeurs : américains, saoudiens, turcs … et surtout français !

Il pleut sur les medias occidentaux notamment Français ; il pleut des reportages, des articles, des déclarations, des publications de tous genres. C’est même un déluge de mots et de textes indéchiffrables, des hurlements inaudibles, des injures, des divagations mais surtout des vœux pieux ! Oui nous autres levantins nous faisons parler de nous comme si on était des extraterrestres pour ces entités occidentales autoproclamées « démocratiques » et « civilisatrices ». Des vrais tribuns,  le verbe haut et le contenu absent,  la voix forte et le cerveau vide, un élan à toute épreuve celui de l’inconscience, de l’indécence celui où le crime est moral, celui où le mensonge est institution.

Libres et dignes nous sommes, nous le resterons et nous l’affirmerons tant qu’il y a encore un souffle au Levant, jusqu’au dernier soupir nous le resterons au grand désarroi de ces « gueules » assoiffées de sang, de pouvoir et surtout d’argent.

Des livres et des déclarations en voilà en veux-tu, intarissables les puits de l’infâme, inépuisables les chants des pies, ça jacasse comme jamais ; Stridents les aboiements, parfois aiguës, parfois même en soprano. Ils ont beaucoup à dire paraît-il, les « démocrates » des temps modernes, tantôt psychologues, tantôt sociologues, tantôt géopoliticiens, tantôt juste des chiens errants, l’errance, paraît-il aussi, mène à ce qui est promis, à l’inespéré espéré, au Graal tant cherché et recherché, à l’ignominie des hommes ou des semblants d’hommes qui se prennent pour des hommes alors qu’ils ne sont que les larves de l’Histoire, ne sont, en vérité, que les parasites de l’humanité, cette humanité que bien de nos enfants ont levé haut vers le ciel se moquant du prix et des sacrifices.

C’est bien ceci que ces larves ne comprennent pas, qui les interpelle tant et qui les pousse dans leurs derniers retranchements : choisir entre la soumission et la liberté. Or, la liberté est hors de prix pour beaucoup, la liberté de parler, la liberté de penser, la liberté de se battre, la liberté de dire non, en somme la liberté de vivre.

Après un Le Sommier ou une Loizeau aux abois au point d’inventer une vérité au mépris de tout honneur, après un Dhuicq ou un Mélenchon et bien d’autres aussi faux que le ciel est rose, aussi abjects que le soleil est noir voilà un autre exemple, qui date certes mais qui démontre à merveille ce que c’est un mort-vivant qui juge les vivants-morts que nous sommes, oui des éternels vivants-morts.

Je remercie Sandrine Deci pour avoir lu et épluché ce « livre » dans la plus pure tradition de la propagande démagogique et mensongère qui couvre le ciel de l’Occident et qui depuis, comme on continue de le voir, a fait beaucoup d’émules car tout simplement l’insoumission n’est pas à la portée de tout un chacun.

Les Chemins de Damas, sous-titré Le dossier noir de la relation franco-syrienne

Ce livre est présenté comme une bombe lors de sa sortie en 2014. Compte tenu de la situation actuelle et la publication d’Assad par Régis Le Sommier, il prend un relief tout particulier.

4ème de couverture : Ce livre explore les méandres de quarante années de relations entre la France et la Syrie. Des relations jalonnées de cadavres, d'affrontements, mais aussi de lunes de miel tant spectaculaires qu'épisodiques. Quarante ans pendant lesquels Paris et Damas n'ont cessé de faire des affaires sans interrompre le fil d'une coopération sécuritaire aux aspects parfois inavouables. Christian Chesnot et Georges Malbrunot montrent que les dirigeants français ont sous-estimé la solidité du régime de Damas, « un monstre froid aux mœurs politiques implacables dont ils n'ignoraient pourtant rien de la férocité ».

En italique, les extraits du livre.

Préface

La préface est écrite par le général Philippe Rondot, ancien de la DGSE et de la DST,  gloire des services secrets français sous le pseudonyme de Max - comme Jean Moulin, rien que ça - acteur au cœur de la calamiteuse affaire Clearstream. Il  a commencé sa carrière à Bucarest. Il a arrêté le terroriste international Carlos en 1994. Il a également joué un rôle dans la libération d’otages français à Beyrouth en 1986 et dans l’accueil en France du général chrétien libanais Michel Aoun. Arabophone, le général Rondot, fils d’un général également dans le renseignement et spécialiste des questions arabes, a toujours entretenu sa connaissance des hommes et des services secrets des pays arabes,. Il en a tiré un de ses surnoms, celui de « Colonel Lawrence ».

Dans son vaste parc, il a planté un cèdre du Liban, souvenir d'un Moyen-Orient qu'il connaît comme sa poche et qui fut son terrain de chasse favori.

Dès la préface du livre, je suis troublée voire choquée par le ton et les termes employés : « à partir de 1973, j’arrivais sur des terres connues, mais où les dirigeants ne nous étaient pas tous acquis. ». Oui étonnant que les levantins soient souverains chez eux !

Parlant du « chrétien Michel Aflak, du sunnite Salah Bitar ou de l’Alaouite Zaki al-Arzouzi, [ils] ont beaucoup emprunté aux philosophes français Proudhon, Fournier et Mounier » – niant la culture arabe. Relire l’article du site « les philosophes laïcs du Moyen Age arabe1 » !

Hafez s’exprime en terme « volontairement abscons, émaillés de sous-entendus, ceux-là faciles à décoder quand ils sont menaçants » – les français sont tellement supérieurs qu’ils déchiffrent facilement leur interlocuteur ?

« Les principes de la gouvernance d’Hafez :

— la Syrie est en état de guerre permanent car, cœur de la Nation arabe, elle est le dernier bastion arabe contre Israël.

— Malgré quelques retournements tactiques, son dessein reste invariable : maintenir sa liberté stratégique à l’égard des Palestiniens et garder son influence au Liban, « qui n’est qu’une partie d’elle-même » (Bilad al-Cham d’avant 1918).

— Aux positions inflexibles de l’ennemi israélien, il ne peut être opposé qu’une attitude radicale, comprendre : une violence d’État érigée en pratique courante.

— Il existe donc des lignes rouges qu’il convient, pour vous autres étrangers amis du peuple syrien, de ne pas franchir sauf à risquer d’en subir quelques « désagréments ».

Il me semble que les principes d’Hafez sont totalement crédibles et normaux et absolument pas révolutionnaire ou « désagréables », cela devrait être la position de tous les Arabes.

C’est cette « stratégie de la violence », destinée à arracher une reconnaissance du rôle de la Syrie au Proche-Orient, qui a valu à Hafez el-Assad la réputation de pratiquer une diplomatie « coercitive » ….

La violence n’est donc que du côté de la Syrie selon le général Français !

…. « laquelle n’hésite jamais à mettre à mal les intérêts occidentaux, dont ceux de la France quand celle-ci entend s’ingérer dans son pré carré.»

Réflexion bien colonialiste en 2014 ! les français ne sont pas chez eux il me semble.

« Cette forme d’action extérieure sert aussi à justifier certaines décisions internes, en premier lieu la neutralisation des opposants et la répression de toute contestation, et d’abord celle venue des Frères Musulmans. »

 Et alors, Hafez aurait dû fléchir contre ce fléau ? Aurait-il dû appeler la France pour régler un conflit dans son propre pays ? La Syrie ne cherche pas une reconnaissance, elle l’a, elle est chez elle dans cette région.

Une place pour la Syrie ! Est-ce que ce Monsieur connaît la grande Syrie ?

Bon la préface ne présume pas du livre, mais pour le moment, je ne l’apprécie pas, cette supériorité des Français, qui aident les Syriens…

Les gouvernements français successifs

Je ne parlerai qu’à partir de l’arrivée de Bachar au pouvoir, et surtout mars 2011, car je ne possède pas la connaissance pour émettre un avis pour la période précédente. Juste le contexte de l’époque : Le décès du président Hafez Al-Assad en juin 2000 et l’arrivée au pouvoir de son fils Bachar, la détérioration de la situation israélo-palestinienne depuis le déclenchement de la seconde Intifada, l'assassinat de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri et la tenue du 10e Congrès du parti Baas ont changé l’échiquier intérieur et régional. Et l’élection d’Ariel Sharon en Israël, la guerre américaine en Irak et le retrait des troupes syriennes du Liban en avril 2005 ont profondément transformé le paysage stratégique moyen-oriental.

Les propos des journalistes sont réalistes.

Chirac pense pouvoir manipuler facilement ce nouveau venu dans la politique et au pouvoir, puis Sarkozy l’accueille à paris en 2008 pour les cérémonies du 14 juillet. Apparemment, non de sa propre initiative mais sur les instances du Qatar, qui jouait alors Damas contre l’Arabie Saoudite, puis toujours pour le Qatar, en 2010, changement de point de vue pour Sarkozy et le Syrien devint l’homme à abattre.

Le gouvernement a un mauvais souvenir des printemps arabes, Michèle Alliot-Marie, contrainte à la démission en raison de ses liens avec le Tunisien Ben Ali et veut se refaire une image.

… la Syrie n’est ni la Tunisie ni l’Égypte. Le pouvoir ne se réduit pas à un dictateur et à sa famille comme dans la Tunisie de Ben Ali ; et, contrairement à la hiérarchie de l’armée égyptienne, les militaires syriens sont restés fidèles, jusqu’à présent, à Bachar el-Assad.

Dès les premières protestations, la France s’est engagée résolument aux côtés des manifestants qui défiaient Bachar el-Assad, persuadée que le domino syrien s’écroulerait après ceux de Tunis et du Caire.

Ministre des Affaires étrangères,  Alain Juppé ne cessa ainsi, dès le printemps 2011 d’affirmer que « les jours du tyran sont comptés », avant de déclarer en juillet le président Assad « illégitime ».

Le chapitre “Bagarre au Quai d’Orsay” fait état d’une violente querelle sur la Syrie qui s’est produite dans un bureau du ministère des Affaires Etrangères à Paris, entre Eric Chevallier, l’ambassadeur de France à Damas, et Nicolas Galey, le conseiller du président Sarkozy pour le Moyen-Orient.

La conviction de l’ambassadeur Chevallier était la suivante : “Le régime d’Assad ne tombera pas, Assad est fort et il se maintiendra au pouvoir". Galey, le représentant de Sarkozy : “Il ne faut pas s’en tenir aux faits, il faut voir plus loin que le bout de son nez.” Galey “n’était pas venu prendre part aux délibérations mais remplir une mission spécifique : imposer l’idée que la chute d’Assad était inévitable. Bachar el-Assad doit tomber et il tombera".

Cette position sera aussi celle de Laurent Fabius dès son arrivée au Quai d’Orsay, où il ne cachait pas « en avoir marre de ce ministère pro-palestinien ». Fabius ne connaît que la politique intérieure.  Sur ce dossier,  « Laurent Fabius est proche des thèses de l’Etat hébreu », lors de la sanglante opération israélienne « bordure protectrice » menée dans la bande de Gaza, le ministre « n’a pas eu un mot pour les damnés de Chadjaiya, le quartier réduit en cendres par l’armée israélienne ». Rien d’étonnant donc si, « quand il prend en main le dossier syrien, Laurent Fabius développe trois obsessions que plusieurs diplomates nous disent avoir pu constater lors de réunions : la Russie, Bachar al-Assad et l’Iran. Sur cet “axe du mal” fabiusien […], le blocage est total. C’est presque irrationnel. »

Un ministre des Affaires étrangères bien loin du langage diplomatique : "M. Bachar Al-Assad ne mériterait pas d'être sur la Terre", dit-il le vendredi 17 août, après avoir visité un camp de réfugiés syriens, installé près de Kilis en Turquie.

D'autres exemples de l'histoire...tronquée

C’est donc en connaissance de cause et bien instruite de sa férocité comme de ses pratiques implacables que la France noue avec la Syrie des liens diplomatiques et politiques ambigus. Paris est, en effet, bien placé pour apprécier la véritable nature du régime de damas, qui n’a cessé de se durcir depuis le début des années quatre-vingt.

Qui a occupé ces pays : la France ! Pacifiquement ces pays nous ont autorisés à les asservir.

« Hafez el-Assad, parce que ça l’arrangeait, aimait à rappeler le passé colonial de la France, souligne l’ambassadeur de France en Syrie Daniel Contenay » : quelle condescendance ! On peut dire aussi juste dire que c’est la vérité !

En 2013, la DGSE a aidé deux journalistes du Monde à sortir de Syrie, et quand ils sont arrivés de l’autre côté de la frontière en Jordanie, ils ont brandi les échantillons [d'arme chimique]. La vraie histoire, selon Chesnot et Malbrunot, serait la suivante : il s’agissait d’un matériel dont on ignore la véritable origine, matériel qui appartient aux services, alors que ces derniers ont chargé les journalistes d’en assurer le transport, donc utilisés comme des « mules. »

Et pourtant ils écrivent aussi : " nous ne nourrissons aucune illusion sur la nature de ce régime, qui a commis des crimes contre l’humanité et utilisé des gaz contre sa population".

Cette phrase montre le ton du livre, vérité et contre-vérité dans un même paragraphe, car par ailleurs il n’y a pas de preuves d’usage de gaz et de crime contre l’humanité.

Les auteurs parlent de « régime » au lieu de gouvernement pour la Syrie, « un monstre froid aux mœurs politiques implacables dont ils [les dirigeants français] n'ignoraient pourtant rien de la férocité ».

Ma conclusion

Je dirai que ce livre est bien écrit et facile à lire, le sujet et les anecdotes intéressants pour les Français, surement pas pour les Syriens. Ce livre nous prend à témoin de l’aberration des gouvernements français successifs sur la solidité du régime de Bachar al-Assad et sur la représentation de l'opposition syrienne en exil, malgré les informations remontées du terrain.   Le style n’est pas du tout « people » - on ne connaîtra pas la couleur du verni à ongle de Mme Al Assad - et quelques informations parues en 2014 sont vraies et intéressantes, par exemple l’ambassadeur Français de Damas affirmant que Assad ne tomberait pas, information reprise 4 ans plus tard, et donc bien tard par Régis Le Sommier2. Vérités qui nous entrainent à lire le livre, et fausses vérités à coté. C’est malgré tout assez simple de rester critique pendant la lecture car cette vision colonialiste, hautaine et mensongère de la France se déchiffre sans souci, c’est juste choquant.

 

Trouver son chemin de Damas est une expression tirée de la tradition chrétienne qui signifie : « Trouver sa voie » c'est-à-dire renoncer à ses anciennes idées et en adopter de nouvelles que l'on va défendre passionnément.

Pour en savoir plus :

Les philosophes laïcs du Moyen Age arabe :  http://hayansidaoui.net/Article10

La Syrie retrouvée : http://hayansidaoui.net/La-Syrie-retrouv%C3%A9e

Assad de Regis Le Sommier : http://hayansidaoui.net/node/101

Les Chemins de Damas. Christian Chesnot Georges Malbrunot. Préface du général Philippe Rondot-© Éditions Robert Laffont, 2014