Les gilets incolores

Soumis par Hayan Sidaoui le mer 13/03/2019 - 11:29

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Tout d'abord, je félicite les algériens pour leur civilité, tous les algériens opposants comme les pro-pouvoir ainsi que les forces de sécurité et leurs donneurs d'ordre.
Plusieurs centaines de milliers de manifestants à Alger sans le moindre dérapage de la part des manifestants ni la moindre répression de la part du pouvoir en place, ce qui tranche avec l'attitude violente des forces de sécurité et de la politique de répression et de désinformation du régime en place en France depuis quatre mois. Cette France qui pourtant continue allègrement à se présenter comme donneuse de leçons et gardienne de la moralité qui de toute évidence lui fait cruellement défaut.

J'invite les français, notamment ceux qui se cramponnent au pouvoir et aux richesses du pays, de prendre de la graine de la leçon algérienne y compris ceux-là mêmes, abîmés et défigurés par la nostalgie colonialiste, qui ont du mal à se défaire de l'absurde syndrome de "l'Algérie française", autant dire une légende qui bien évidemment, et malgré un siècle et demi d'occupation sauvage et barbare, ne l'a jamais et ne le sera jamais n'en déplaise à leurs harkis valets du colonialisme par opportunisme ou par ignorance et à ces français, au fantasme coriace, qui par complexe de supériorité à caractère raciste ne pourraient que se réjouir si la contestation algérienne tournait mal.
Par ailleurs, je crois que le régime français a eu tort de minimiser le nombre de manifestants en gilets jaunes car cela lui revient comme un boomerang, ils annoncent quelques petits milliers des manifestants chaque samedi depuis le 17 novembre dernier et en même temps ils déploient dans les rues des villes françaises plus de policiers et de gendarmes qu'ils n'annoncent de manifestants et qui usent à volonté de matraques, de gaz lacrymogènes sans oublier les blindés déployés pour protéger l'Élysée, ce dont le pouvoir algérien s'est abstenu de faire faisant confiance au patriotisme et civilité du peuple.

L'emploi de la force n'étant pas suffisant pour le régime français en place, il ordonne aux médias, qu'il finance, de mettre en place un matraquage démagogique où la désinformation devient une politique gouvernementale, alors qu'en Algérie nous n'avons rien vu de tel face à des millions d'Algériens descendus dans la rue et cela pour la troisième semaine d'affilée.
À en croire que les âmes humaines sont plus apaisées les vendredis que les samedis !
J'entends ici ou là que le pouvoir français soutient Bouteflika ! Cette vision simpliste des choses fausse la réalité.

Faut comprendre que d'un côté la France est très liée économiquement à l'Algérie et inversement, et de l'autre, sur les millions d'Algériens vivant en France 800 000 jouissent de la double nationalité et sont donc des électeurs.
Non seulement le pouvoir criftoïde en place est en pleine période électorale mais en plus un éventuel chaos en Algérie affecterait directement la France de par la géographie et la démographie, ce qui serait mal venu pour un pouvoir déjà affaibli par la crise des gilets jaunes!

Le gouvernement français, en bon colonialiste mercantile, n'est en réalité ni pour ni contre quiconque du moment où ses intérêts en Algérie et vis à vis des algériens de France ne sont pas remis en cause.
Sachant que comme pour tout pays colonialiste quand la violence et la barbarie est hors de leur portée, ils optent contraints pour une posture diplomatique et la Libye et la Syrie en sont deux exemples opposés très explicites: violence et barbarie à outrance en Libye qui a été spoliée et continue à l'être, et la Syrie où une fois les mêmes violences et barbarie ont été vaincues l'Occident, la France la première malgré son acharnement pathétique pendant 7 ans, se voit contrainte d'adopter une attitude de "négociations" faisant profil bas et cherchant une piètre issue diplomatique qui de toutes les manières n'aboutira pas face à la fermeté et détermination syriennes.
Face à la crise algérienne la France est comme un homme qui aurait malencontreusement une lame de rasoir dans la bouche, s'il l'avale il se coupe et s'il l'a crache il se coupe aussi!

Ce qui est loin d'être le cas des américains qui annoncent "observer attentivement les événements en Algérie"!
Déjà que culot ! Personnellement je ne comprendrais jamais cette revendication yankee ou européenne quand l'Europe en a la possibilité et les moyens, auto-accordée d'être le gendarme du monde ! Non seulement ils sont les principaux pourvoyeurs du terrorisme mondial, donc du chaos et de l'inhumanisme, au service de la mafia sioniste internationale, et en plus de quel droit ils "observent" tel ou tel pays, idem pour le petit poussin français de l'Occident auto-proclamé puissance !

Il existe en Algérie, comme partout dans le monde arabe, un problème social évident, dont le principal responsable est le colonialisme dans toutes ses formes, mais il existe aussi un réel danger.
Le problème n'est sûrement pas une personne en l'occurence un président mais tout un système de gouvernance, propre à tous les pays arabes, où la corruption est reine, cette corruption qui est notre héritage du colonialisme et que nos jeunes républiques n'ont pas su en venir à bout pour des multiples raisons: immaturité politique, immaturité sociale dans le sens progressif du terme et une culture nationale voire nationaliste et même parfois religieuse partisane et superficielle où il est facile pour les pouvoirs arabes de faire passer le subjectif avant l'objectif!
Or on ne lutte pas contre la corruption en s'attaquant à un président ou même à un gouvernement mais à un système tout entier où les vrais barons sont tapis dans l'ombre et que seule l'union de toutes les catégories sociales, qui forment le peuple, armés de revendications justes et aussi communes peuvent remettre en cause. C'est à la racine du mal qu'il faudrait s'attaquer et non pas se contenter d'en couper une de ses branches ce qui revient à le fortifier!
Voilà pour le véritable problème à mon sens.

Concernant le danger,il est clair que les revendications sociales du peuple algérien, comme de tout peuple dit du "tiers monde" sont parfaitement légitimes, encore faut-il comme je l'indique plus haut, s'en prendre de la manière appropriée.
Dès lors, qui pourrait se douter ne serait-ce qu'une seconde que le sionisme, ennemi de toute l'humanité, ne guette pas les événements en Algérie ?! Peu importe la bonne foi des uns et des autres !
C'est là que je reproche à beaucoup d'algériens leur assurance à toute épreuve transformant leurs justes aspirations en certitudes, certitudes au demeurant fragiles car non accompagnées des garanties nécessaires à leurs survies, garanties qui ne peuvent venir que d'une conscience citoyenne commune au-dessus de toute autre considération politique locale ou de sectarisme social ou racial, car fort malheureusement il existe bel et bien entre berbères et arabes même si ceux qui s'adonnent sont minoritaires.

Un pays ou une nation uniforme de par sa composition ethnique, politique ou sociale est vouée à mourir et là je m'adresse aux indépendantistes berbères qui, même s'ils sont minoritaires, ils représentent un danger évident car représentent la brèche que le sionisme guette pour entretenir le chaos et mettre la main sur les immenses richesses algériennes, il en est de même pour les quelques sectaires arabes qui ne soutiennent Bouteflika que par haine des berbères et de la sorte agrandissent la même brèche dans la forteresse algérienne.

En politique on ne soutient pas telle ou telle personnalité parce qu'elle a des beaux yeux ou parce qu'elle a de l'humour ou du charisme, comme on ne s'oppose pas à une autre personnalité parce qu'elle est laide ou antipathique! On devrait soutenir tel ou tel personnage ou s'y opposer pour ce qu'il représente de bien ou de mal tout en sachant qu'aucun responsable politique dans ce monde n'est que bien ou que mal !
Bouteflika vient d'user d'une grossière manœuvre politique en transformant un cinquième mandat en prolongation de l'actuel, une manœuvre aussi grossière que la revendication de ses opposants qui consiste à ne pas vouloir d'un cinquième mandat en réclamant son départ!

Je suis surpris que personne ne voit l'absurdité de la situation, absurdité entretenue par la "diplomatie" occidentale!
Quiconque, y compris Bouteflika, a le droit de se présenter aux élections présidentielles selon la constitution algérienne. Mais alors si on ne veut plus de Bouteflika et qu'on nous assure que l'écrasante majorité du peuple algérien lui est opposé alors il est certain qu'en se représentant il sera naturellement battu aux futures élections! Alors pourquoi entretenir la tension dans la rue ?

Sauf que l'avenir de l'Algérie, de sa prospérité et de sa paix sociale ne se joue pas avec un éventuel cinquième mandat. Que et qui proposent les opposants ? Une personnalité qui de toutes les manières se pliera aux exigences géopolitiques et géo-économiques du moment ou bien en remettant en cause de fond en comble tout un système politico-financier servant de nid à la corruption administrative dont souffrent les algériens opposants comme ceux qui soutiennent le gouvernement actuel ? Et cela, à mon avis, ne passe que par des élections libres bien encadrées pour éviter toute fraude et qui doit être aujourd'hui la seule exigence de tous les algériens réunis.

Ceci étant dit, je ne peux m'empêcher de faire la remarque suivante: brandir le drapeau palestinien ne donne à quiconque aucune légitimité et me paraît justement comme une entorse au soutien aux palestiniens en usant de leurs malheurs pour des considérations politiques ou électorales locales. La vraie légitimité vient de la justesse des revendications et la justesse de la méthode adoptée pour les rendre effectives.

Entretenir une situation absurde, avec les encouragements de l'Occident sionisé, où en définitive les opposants ne s'opposent à rien et où le pouvoir ne s'accroche à rien car un éventuel chaos menace ses privilèges et les fera disparaître, est le parfait terrain de jeu des ennemis de l'Algérie et de tout peuple aspirant à une véritable émancipation et une prospérité durable.

Le chaos a plusieurs versions différentes et plusieurs scénarios possibles: la libyenne, la syrienne, la yéménite, la vénézuélienne etc... mais il y a aussi la version tunisienne, fourbe et vicieuse, qui consiste de placer, sans violences et en douceur, un gouvernement acquis à la mafia sioniste tout en laissant croire à une large frange de la population qu'une véritable révolution a eu lieu alors qu'il ne s'agit que d'une soumission encore plus venimeuse et pernicieuse que la précédente.

Je suis de tout cœur avec tous les algériens et l'Algérie qui depuis toujours a été le fer de lance contre le colonialisme et ses sauvageries et un soutien sans faille aussi indispensable qu'efficace pour la résistance au sionisme criminel que nous menons au Levant.
Mais, force est de constater que les manifestants en Algérie portent des gilets transparents pourvu qu'aucun mal intentionné ne vienne les colorer à leur place alors qu'une seule couleur s'impose pour les deux camps: celle de l'union sacrée et cette responsabilité incombe tout autant aux opposants qu'au pouvoir en place.

Boumediène avait dit en 1974: "un jour l'hémisphère sud se videra de sa population qui envahira l'hémisphère nord pour le conquérir...", et je rajouterais que le flux inverse est aussi vrai mais uniquement pour les mafieux affairistes car le terrain ainsi vidé leur sera acquis.