Quelle indépendance ?

Soumis par Hayan Sidaoui le mer 22/11/2017 - 18:33

Rubrique

L’indépendance pourrait-elle être à géométrie variable ? Peut-on clamer son indépendance en étant indépendant vis-à-vis d’une chose et dépendant vis-à-vis d’une autre ?

Ou bien, la véritable indépendance est celle qui consiste à dire : je choisis ce à quoi je désire céder une part de mon indépendance plutôt que de me voir imposer une autre dépendance ?

Peut-on séparer la notion d’indépendance de celle de la liberté, du moins de la liberté de choisir ? J’en doute.

Donc la véritable question est : de quoi suis-je indépendant et à quoi suis-je dépendant ?

Je ne suis, en aucun cas, ni de près ni de loin concerné par ce qu’on appelle abusivement « l’indépendance du Liban » alors que je suis natif de cette contrée.

De quelle indépendance parlons-nous ? Ceux qui se gargarisent de la soi-disant « fête d’indépendance » connaissent-ils au moins les circonstances de cette « indépendance », sa véritable histoire, sa forme, son contenu etc … ?

Toutefois, j’aime le Liban car c’est le pays de mes racines, j’aime ce drapeau frappé du cèdre non pas parce qu’il est l’un des plus beaux mais parce qu’il a été porté par tant de héros, de martyrs tombés sur le champ d’honneur justement pour acquérir une vraie indépendance. Mais, un drapeau suffit-il, aussi beau soit-il, pour faire d’un pays un état indépendant ou une nation ? Non.

Ce Liban, qu’on dit « indépendant », n’a existé que comme préambule à la fondation de l’entité sioniste sur la terre palestinienne. Un pur produit de Sykes-Picot comme le sont tous les pays du Moyen Orient, un pays confessionnel destiné en première intention aux maronites syriens comme premier rempart à l’autre état confessionnel qu’est la colonie juive en Palestine. Un système implacable étayé par le wahhabisme de l’Arabie Saoudite inventée de toutes pièces par la Grande-Bretagne, la Grande-Bretagne pays de l’ignoble promesse de lord Balfour.

Le Liban n’est en réalité, tout comme la Palestine et la Jordanie, qu’une province syrienne ce que démontrent plusieurs dizaines de siècles d’Histoire commune et on tente de nous démontrer le contraire avec un seul petit siècle de manigances et de manœuvres sionistes.

Un simple drapeau suffit-il à infirmer une telle vérité millénaire : la Grande Syrie est un droit. Appelons-là la Grande Syrie, le Grand Liban, le Grand Levant … Peu importe la nomination du moment où la justice prime. Un drapeau qu’il soit frappé du cèdre ou bien d’étoiles vertes suffit-il à forger un peuple, une nation ? Je dirais même, plus les bannières de la dignité sont nombreuses, plus nous en serons fiers et unis. Non, la question n’est pas tant celle d’un drapeau ou d’une frontière, que celle de rendre à l’Histoire ses droits.

Comment peut-on parler d’indépendance alors que la France a accordé à cette province le droit d’exister en supplantant la constitution libanaise, qui est une copie conforme de celle de la troisième république française, par un pacte dit national ultra confessionnel ?
D’ailleurs la France n’a accordé cette indépendance que suite à la vraie révolution qui a eu lieu en Syrie où les Syriens ont chassé l’armée française suite à un soulèvement meurtrier, alors qu’il n’y a eu, tardivement, que quarante « martyrs » au Liban le jour d’une manifestation contre le mandat français sur ce pays.

Comment peut-on parler d’indépendance alors que le jeune gouvernement libanais inféodé à la France a commencé sa « carrière » en faisant passer Antoun Saadé, le fondateur du PNSP, devant un peloton d’exécution sur ordre du gouvernement français. Antoun Saadé, pour ceux qui ne le savent pas, est un chrétien du Mont Liban qui s’était opposé au démantèlement de la Grande Syrie et fondateur du panarabisme levantin, qui a inspiré un autre chrétien du Levant, Michel Aflak, fondateur du panarabisme moderne, laïc, multiethnique, multiculturel et multiconfessionnel, autant dire le véritable cauchemar d’Israël

Comment peut-on parler d’indépendance dans un pays où le confessionnalisme est institutionnalisé avec un pacte national qui fait de l’ombre à la constitution, en attribuant les hautes fonctions de l’Etat selon la religion d’un tel ou un tel : le poste du président de la République est réservé aux maronites, la présidence du parlement aux chiites, la présidence du gouvernement aux sunnites, le commandement de l’armée aux maronites, le ministère des affaires étrangères aux orthodoxes, etc …

Comment peut-on parler d’indépendance dans un pays où la fonction publique est régie par l'équation de « 6 pour 6 », pour six fonctionnaires musulmans il faut six fonctionnaires chrétiens ! Dès lors la fonction publique est occupée par la « croyance » des uns et des autres plutôt que par leurs compétences.

Comment peut-on parler de pays indépendant alors qu'il n'existe pas moins de 18 codes civils pour moins de cinq millions d’habitants, 18 tribunaux civils pour les 18 minorités confessionnelles que constituent le Liban ?

Comment peut-on parler d’indépendance alors qu’une écrasante majorité de Libanais n’a aucun véritable sentiment patriotique ? Ceux qui disent le contraire sont des menteurs ou des idiots.

Le Liban de Sykes-Picot est le talon d’Achille du Levant sur lequel Israël tire ses flèches en cas de besoin. Un pur produit artificiel comme le sont d’ailleurs toutes les frontières des pays arabes. Autant dire une garantie pour l’Occident et Israël de les maintenir divisés à travers des problèmes tout aussi artificiels que le sont leurs piètres existences. Qui divise règne et qui règne s’enrichit.

Nous mangeons la même cuisine, nous écoutons les mêmes chansons, nous partageons la même Histoire, nous avons les mêmes ennemis, les mêmes problèmes sociaux … et nous nous posons encore la question suivante : union ou pas union ?! Pire nous nous imposons des visas pour aller l’un chez l’autre !! Je défie de trouver un Irakien qui n’aurait pas un cousin en Syrie, un Syrien qui n’aurait pas un cousin au Liban, un Libanais qui n’aurait pas de cousin en Palestine, un Palestinien qui n’aurait pas un cousin en Jordanie … Et pourtant certains d’entre nous se sont enfermés dans des nationalismes aussi étroits et ridicules que le sont leurs mémoires courtes et sélectives.

Bonne fête d’indépendance vous dites ?
Je ne suis en aucun cas concerné.
Et, les simulacres qui ont encore lieu aujourd’hui, le jour même de la soi-disant indépendance me donnent raison.
C’est ce jour justement où la dépendance de l’entité libanaise saute aux yeux.

Le Liban n’a jamais été et ne sera jamais indépendant, par contre, comme de plus en plus de Libanais, moi-même je le suis.