Baalbeck

Soumis par Hayan Sidaoui le dim 03/09/2017 - 21:54

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Baalbeck

 

Baalbeck est la ville du dieu phénicien Baal, dieu de la foudre, qui forme avec Astarté, déesse de fertilité, de beauté, d'amour et de guerre, le couple divin de la civilisation phénicienne.

Les phéniciens sont notamment connus, outre leurs excellents navigateurs commerçants, pour avoir inventé l'alphabet et découvert la couleur pourpre dont nous reparlerons très prochainement.

Ce site, sur lequel j'ai travaillé, est classé par l'UNESCO patrimoine mondial de l'humanité. Il est d’ailleurs considéré par beaucoup d'archéologues comme étant la huitième merveille du monde. C’est un vaste complexe religieux dédié au Dieu "majeur" phénicien qui fut aussi cananéen, héritage direct de la civilisation mésopotamienne notamment babylonienne. Puis Rome a pris la ville au début du 1er siècle avant J.C. et l’a rebaptisée Héliopolis, la ville du soleil, symbolisée par le dieu Hélios dont l'équivalent cananéen est Adad. La ville a été remodelée, les rues s’y organisèrent en damier sur la base de deux grandes artères les fameuses Cardo et Decumanus, sous Néron, Trajan, Hadrien et Antonin le pieux.   

Vers 14 avant J.C., Auguste, pour bien asseoir l'emprise du puissant empire, décida la construction du plus vaste complexe religieux du monde gréco-romain. Les proportions proclamaient le pouvoir et la richesse de l'Impériale Rome. Le temple de Jupiter, le Baal phénicien ou le Zeus grec, fut le début de la construction faite en plusieurs étapes. La statue en bronze de Jupiter est une pure merveille sculpturale mais a été emmenée illégalement en 1939 par le gouverneur français Gouraud au Louvre, comme la plupart des œuvres qui y sont exposées, prises dans les 4 coins du monde !

On y trouve le temple de Bacchus, dieu du vin assimilé au dieu phénicien Adonis, celui de Vénus et celui de Mercure complètent l’ensemble, le tout disposé de manière originale. Les temples changent du design classique romain. En reprenant le schéma phénicien par souci diplomatique, les romains voulaient éviter le rejet des populations locales. On peut parler de romanisation assez subtile, car ménageant dans sa conception l'architecture d'ensemble établie sur l'ancien site sacré phénicien. Il a fallu pour achever la construction des édifices pas moins de 200 ans !

 

Temple de Jupiter - Frise

 

Trois particularités de ce site exceptionnel :

  1. le temple de Jupiter est le plus grand temple jamais construit par les romains y compris à Rome, avec ses 52 colonnes monumentales d'ordre corinthien. Il n'en reste que 6 qui culminent à 20 m de haut et sont constituées de 3 tambours galbés de presque 300 tonnes de granit !

  2. le temple de Bacchus est le mieux conservé de tous les temples romains à travers le monde. Il est plus grand de par sa taille que le Parthénon d'Athènes !

  3. le trilithon, un ensemble de 3 blocs de granit de 5 mètres de section carrée et de 20 mètres de long, pesant chacun entre 800 et 1000 tonnes amenés d'une carrière située à 1 km et surélevés à 10 m du sol, constitue toujours une énigme pour les archéologues ! Alphonse de Lamartine a écrit un très beau texte* sur ce mystère technologique.

Enfin, Baalbeck située au nord de la plaine fertile de la Bekaa, le grenier du proche orient, à 1150 m d'altitude, est protégée par l’Anti-Liban et le mont Liban, les deux chaînes montagneuses qui forment le Liban. Celle de l'Est est plutôt aride forme la frontière avec la Syrie et celle de l'Ouest est très verte au climat modéré. De par sa proximité avec la Syrie, les collines avoisinantes ont connu des violents combats contre Daesh depuis 4 ans. Les vaillants combattants de l'armée et du Hezbollah ont empêché l'OTAN d'y prendre pieds avec ses terroristes. Peut-être que Baalbeck avait pour destinée de devenir la Palmyre libanaise... Finalement il n'en a rien été !

Ce n'est qu'un bref résumé, à vous d'en savoir plus si ça vous tente !

 

carte Liban

 

Publié sur mon compte FB le 26 février 2016

 

*Alphonse de Lamartine :

Nul espoir que je réussisse mieux que mes prédécesseurs à rendre sensible par des mots, ce chaos de splendeurs écroulées, cette immense mer jonchée de porphyre et de marbre, tout un océan de colonnes et de chapiteaux, d’architraves, de volutes. Une prodigalité sans idées, le lendemain de l’envol d’un Dieu. Mais que ce désastre atteste de grandeur ! Ah ! Un temple, cela ! Ces proportions imposantes, vastes, solides et graves, qui pourraient recueillir des peuples, et au-dessus de tout, six colonnes hauts placées qui portent avec magnificence l’arche du Jupiter Soleil, cela est logique, conforme à la pensée humaine, apte à recevoir et à mettre en émoi les âmes. C’est une des plus grandes pierres du monde qui se détache là, éblouissante de lumière, sur les monts du Liban. Tout à côté, l’oasis plein d’arbres avec une jeunesse inouïe, balance ses noyers et presse les hautes terribles murailles.